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Cultive tes talents

JO de Tokyo : Gagner autrement

6 Août 2021, 16:48pm

Publié par Etienne Séguier

JO de Tokyo : Gagner autrement

Il se passe de belles choses aux jeux olympiques de Tokyo, avec toujours une envie de gagner, mais autrement. L'Italien Gianmarco Tamberi et le Qatari Mutaz Essa Barshim ont tous les deux franchi la barre des 2,37 m avec le même nombre d’essais. Le juge vient les voir en leur expliquant le système pour se départager : chacun saute une barre fixée à la même hauteur jusqu’à ce que l’un d’entre eux échoue. L’italien demande si l’on peut en rester là, avec deux médailles d’or. Le juge acquiesce. Le Qatari fait signe alors qu’il accepte cette solution. Explosion de joie chez l’Italien, embrassade des deux. Ils ont donné le meilleur d’eux-mêmes, en atteignant les 2,37 mètres, un réel exploit. Ils sont les plus forts au monde, mais ils n’ont pas besoin d’être meilleur qu’un autre. Pourquoi ne pas l’appliquer au football pour la finale plutôt que de tout jouer sur les tirs au but ? A la fin de la prolongation, si les deux équipes sont toujours à égalité, on pourrait les déclarer toutes les deux championnes du monde.

Cette philosophie me plait beaucoup. Dans les accompagnements que je propose, je vois bien qu’il est important d’obtenir des victoires. Et encore, c’est mieux quand elles correspondent à ses talents et non aux projections de ses proches (on peut mettre des années à s’en rendre compte). Mais nous avons besoin d’être mis en avant, visible. Pour autant, il n’est pas certain que notre satisfaction provienne exclusivement d’être devant les autres. Même si là encore, ce sentiment peut se travailler. Certaines personnes sont mues par un désir de revanche, que l’on peut interroger, notamment en mémoire cellulaire. Par exemple, quel est l’évènement qui a marqué notre histoire, ou celle de nos parents que nous devons toujours réparer ?

 

 

Autre exemple, la victoire par équipe mixte des judokas français. J’étais encore sous le choc de l’élimination prématurée de Teddy Riner dans sa quête pour décrocher une troisième médaille d’or. Mais j’avais envie de voir comment il allait se remobiliser pour cette compétition par équipe. Le principe en est simple. Chaque équipe comprends six athlètes, trois femmes, trois hommes de différentes catégories de poids qui s’affrontent. La première qui atteint quatre victoires a gagné. Quand Teddy Riner remporte son match, la France mène par trois victoires à une. Il reste une manche à gagner. Le géant (2, 04 mètre, 138 kilos) a alors passé le relais à Sarah-Léonie Cysique (1,63, mètre, moins de 57 kilos). Et c’est elle qui a remporté le quatrième match décisif ! Je me demande si ce trophée n’a pas fait tout aussi plaisir à Teddy Riner que s’il l’avait gagné en individuel.

Le schéma répétitif de Samir Aït Saïd

Dernier zoom sur ces jeux olympiques, les larmes de Samir Aït Saïd. Ce gymnaste français est l’un des deux porte-drapeaux de la délégation française. Il s’est fait remarquer par son saut acrobatique durant la cérémonie d’ouverture. Pour cette compétition aux anneaux, il a créé son propre mouvement d’une grande élégance, comme un oiseau qui plane dans les airs. Mais il s’est blessé dès sa première apparition et il n’a fini qu’à la quatrième place de la finale, au pied du podium. Ce n’est pas la première fois qu’une telle mésaventure lui arrive. Déjà aux jeux de Rio, en 2016, une grave blessure l’avait privé de la finale. Devant les caméras, cette année, il n’a pu s’empêcher d’évoquer comme une malédiction. En mémoire cellulaire, on parlera plutôt d’un schéma répétitif, comme si le corps s’était programmé pour ne pas être présent dans les moments de mise en lumière. Mais là encore un travail est possible pour lui désapprendre à se mettre ainsi en situation critique.

Tous ces champions si humains nous parlent de notre envie de prendre une place dans ce monde, marqué par la crise sanitaire, mais autrement. Nos mouvements sont limités, nos envies parfois contrariées. Tout ne se passe pas comme prévu, mais il peut se vivre de belles choses. Aux dernières nouvelles, le comité olympique a décidé cette année de compléter sa devise : Plus vite, plus haut, plus fort » en ajoutant « Ensemble ».

 

 

 

 

 

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