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Cultive tes talents

Myla et Jon Kabat-Zinn : la pleine conscience, ce n'est pas mettre à distance les moments douloureux

3 Octobre 2012, 09:13am

Publié par Etienne Séguier

J’ai participé ce mardi à une journée organisée par Myla et Jon Kabat-Zinn sur la façon d’être parent en pleine conscience. Ils en ont profité pour présenter à nouveau la méditation de pleine conscience promue en France par Christophe André. Dans cette approche, il est parfois conseillé d’observer ses pensées comme l’on regarde des nuages défiler devant soi. Dans la présentation, les deux intervenants ont aussi précisé que cette pleine conscience avait pour objet d’être au plus près de ce que nous vivons instant après instant.

J’ai demandé alors à Jon : “que faire avec cette image des nuages qui défilent. Est-ce pour mettre à distance nos pensées ou bien demeurer avec ce que nous sentons ? “ Pour le dire autement, serait-ce un truc pour nous débarrasser d’images et de sensations inconfortables ? Jon a répondu que cette image des nuages n’était pas destinée “à mettre à distance”, “repousser” ce que nous vivons d’inconfortable, mais “connaître avec plus d’intimités nos émotions”. Son épouse Mylà a ajouté : la pleine conscience n’est pas une technique pour être heureux, mais vivre pleinement ce qui nous arrive, instant après instant.

J’ai le plaisir d’animer aux États généraux du christianisme organisés par La vie une conférence sur la méditation avec un chrétien (le père patrice Gourrier) et un représentant de l’union  bouddhiste. Ces précisions de Myla et Jon Kabat-Zinn me semblent précieuses. Cette attention à la pleine conscience a pour vocation de nous aider à être pleinement présents, en accueillant aussi les moments de colère, de tristesse, de peur. Sans chercher à s’en débarrasser immédiatement. Méditer invite à être plus présent pas à créer un sas de sérénité.

Cette semaine, l’un des évangiles nous rappelle cette image de Jésus (Luc 9,57-62) qui explique “Celui qui met la main à la charrue et regarde en arrière n’est pas fait pour le royaume de Dieu”, qui est l’une de ces nombreuses invitations à vivre dans le moment présent conscients de ce qui nous arrive. La pleine conscience est au coeur de nombreuses traditions religieuses, chez les bouddhistes, mais aussi chez les chrétiens. N’étant pas spécialiste du bouddhisme, je me garderai bien d’évoquer leur approche de ces instants présents même si de bons amis vivant de cette tradition nuancent beaucoup l’idée qu’elle se confonde sur la notion de vide.

Pour ce qui est de la tradition chrétienne, Jésus invite à la fois à vivre ce moment présent en portant ce qui peut y avoir d’aride, en portant sa croix, dirait-on. Ce qui signifie au moins deux choses. Un refuser de se prendre pour une victime. Deux reconnaitre qu’il est souvent difficile de distinguer le bon grain de l’ivraie. Bonne journée pleinement consciente et peut-être au plaisir de prolonger nos échanges lors de la table ronde des états généraux.

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Samuel 01/08/2014 17:34

Il s'agit effectivement de vivre pleinement l'instant présent, et d'apprendre à voir ses émotions, constater leur présence sans en prendre ombrage, ne pas se laisser manipuler par celles-ci ...

Elisabeth 05/10/2012 14:53

Merci pour ces reflexions.
Il me semble que le fait de considérer les pensées comme des nuages qui passent (et vers lesquels on peut revenir plus tard) a le grand intérêt de nous faire prendre conscience que nous ne sommes
pas identifiés à nos pensées puisqu'on peut les "regarder".
Grâce à cette prise de conscience, on peut ne plus être emporté ou englobé dans nos pensées et retrouver un autre mode d'être au monde, plus incarné.
Quant à la question du vide, j'aimerais partager avec vous ce commentaire d'Annick de Souzenelle:
« Quand il nous est dit (dans le texte biblique), que Dieu a tout créé de rien, ce rien est un vide qui soutient quelque chose comme le zéro soutient toutes les mathématiques. Ce n’est pas « rien
». Mais nous l’avons aplati à notre niveau horizontal et en avons fait le néant. Alors que pour les mystiques de la tradition juive, le rien n’est autre que le premier nom divin. C’est aussi ce que
les hébreux appellent le Tsim tsoum cette aspiration divine jusqu’au rien, que les grecs vont reprendre avec la notion de kenosis, cet évidement divin jusqu’au rien. On va retrouver ça dans toutes
les autres traditions. Les hindous vont dire : « tu es cela » et parler de l’ « Atman ». Pour les chinois, c’est le Tao, etc. On va retrouver ce rien partout. »
Elisabeth

Etienne Séguier 08/10/2012 11:45



Merci Elisabeth pour ce partage très nourrissant.



Béatrice 03/10/2012 21:12

oui j'aime mieux cette façon dire cette notion de vide comme un espace habitable ou libre de mettre en fonction nos capacités insoupçonnées d e la personne humaine à faire face à toutes les
situations de la vie pourvu qu'elle s'en donne les moyens de la réflexion et d répondre à ses besoins profonds.et la méditation donne cet espace libre en libérant de toute agitation et rumination
et autres pensées parasites. en laissant place au 3 C corps, coeur et esprit. parce que le vide pour moi s'apparente au vide émotionnel que l'on peut ressentir en absence d'émotion ou en état de
sidération par exemple.

Béatrice 03/10/2012 13:16

je suis nourrie de votre réflexion j'ai lu le livre de J. Kabat sur la pleine conscience et j'ai commencé à pratiquer la méditation ainsi proposée et je trouve que je deviens ainsi capable de gérer
ma vie d'adulte et de me positionner de façon claire et lucide. j'ai aussi lu c André et j'utilise son cd de méditations. merci de votre réflexion sur le sujet.

Béatrice 03/10/2012 13:11

N’étant pas spécialiste du bouddhisme, je me garderai bien d’évoquer leur approche de ces instants présents même si de bons amis vivant de cette tradition nuancent beaucoup l’idée qu’elle se
confonde sur la notion de vide.
pourriez préciser ce que vous entendez dans la notion de vide dans cette idée ?

Etienne Séguier 03/10/2012 19:08



J'ai l'impression que ce vide n'est pas de la vacuité, du rien, du néant mais plutôt un espace, un champ. Avec la méditation de pleine conscience, il ne s'agit pas de dissoudre ses pensées ou de
les repousser mais de leur faire une place, en prenant déjà conscience de leur existence. Qu'en pensez vous ?