Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Cultive tes talents

Lorsque nous sommes sidérés par ce que nous voyons

18 Mai 2011, 07:41am

Publié par Etienne Séguier

En apprenant l’arrestation de Dominique Strauss Kahn et les faits qui lui sont reprochés, j’ai été véritablement “sidéré”. Je me garderai de me prononcer sur le fond de cette affaire, mais j’aimerais revenir sur cette émotion. C’est rare de sentir quelque chose d’aussi physique. Lorsqu’on est sidéré, le corps se fige, comme paralysé.

 

Dans ces moments-là, notre cerveau reptilien prend le relais. C’est la partie la plus animale de notre système nerveux. Face à un danger, une surprise, notre cerveau nous alerte et déclenche trois types de réactions différentes :

-       soit le repli sur soi

-       soit l’attaque

-       soit la fuite

 

Lorsque l’on est sidéré, nous sommes plutôt dans une forme de repli sur soi. Face au danger qui guette, nous nous figeons pour ne plus faire de bruit et éviter d’attirer l’attention d’un possible agresseur.

 

Dans nos appartements douillets, devant nos écrans de télévisions, l’agression est bien virtuelle. Mais notre cerveau reptilien reprend tout de même la main. Le plexus solaire se resserre, nous haussons les épaules. Comme en pilotage automatique. Si cette information vient à une période moins dynamique de notre vie, nous risquons de passer la semaine dans cette posture : le dos vouté, le torse rentré.

 

Il est bon de prendre conscience de ces messages envoyés par notre cerveau. Nous sommes touchés par les images que nous voyons d’un homme menotté, par l’agression qu’aurait vécue cette femme. Et heureusement, car nous sommes des humains.

 

Mais si nous ne prenons pas soin ensuite de faire des étirements, de prendre des respirations, de redonner de la souplesse à notre corps, nous risquons de ne plus être disponibles pour ressentir de l’empathie. Notre corps peut ainsi demeurer simplement en tension, en ne réagissant que sur un mode instinctif, en attendant la prochaine sollicitation médiatique.

Commenter cet article

Michel BERNARD 05/06/2011 06:34


également choqué par le "bulldozer médiatique" autour de cet homme et de son épouse. Devant tout ce "tapage", je suis même écoeuré. Avec le cerveau limbique( émotions), je suis partagé entre
l'empathie pour la famille touchée et le dégoût. Je suis ok avec toi pour affirmer l'importance de préserver une distanciation "saine" avec ce brouhaha médiatico-politique.


Etienne Séguier 06/06/2011 11:02



Bonjour Michel, merci pour ce commentaire, j'espère que ton installation du côté de Montpellier se passe bien.



marie christine 19/05/2011 13:23


Sidéré ... le mot me semble bien fort pour décrire votre émotion certes bouleversante mais ne correspondant pas à cet "état de mort apparente à la suite d'un choc émotionnel" correspondant à sa
définition et à l'apparence présentée par DSK à l'écran.
Indigné,révolté, en colère ... me semble des mots plus appropriés.
Résidant à Herlies au coeur du drame de Marrakech qui touche une famille amie, j'ai mesuré ô combien, la différence entre l'émotion suscitée par des images en apparence éloignée de moi le jeudi ...
et les mêmes images le vendredi à l'annonce du décès de Camille, de l'amputation de son papa, des blessures de ses grands frère et soeur, de sa tante... Sidérés oui, un choc émotionnel peut vous
paralyser physiquement ... même psychiquement au point d'oublier ... oui le cerveau sécrète de lui même des endorphines pour s'endormir au risque de ne pas pouvoir supporter l'insupportable ... et
devenir fou. La sidération est un état qui dure le temps nécessaire et n'a rien à voir avec nos petites ruminations émotionnelles exacerbées par les images et commentaires répétées dans les
médias.
Fraternellement MChristine


Etienne Séguier 19/05/2011 17:25



Merci Marie Christine pour ce commentaire qui me ramène au réel. Sidéré est le mot qui m'est venu, mais il ne correspond pas effectivement à cette définition. Je prends conscience que les écrans
prennent une trop grande place, merci de remettre cet événement à sa juste perspective.


Fraternellement


Etienne



Bruno 18/05/2011 18:23


Bonjour Etienne.

Prendre le temps de se détendre face à une émotion est bien sûr le b-a ba, ce qui permet de laisser place à autre chose, comme l'empathie bien sur. Ce qui n'interdit pas d'avoir un avis, mais ne
pas se laisser guider par ses seules émotions. Je vis toujours très intensément les informations faisant état de violences, ayant moi-même été victime et abusé. J'essaye de ne plus esclave du
stress. La sophrologie m'aide beaucoup pour cela.
Dans cette affaire DSK, j'ai été choqué par le soupçon un peu général qui a pesé sur la victime. Femme, noire, d'origine modeste... Donc facilement manipulable. Cela est révélateur du fait que le
viol demeure un tabou.


Etienne Séguier 19/05/2011 10:21



Merci Bruno, je crois que si je suis sidéré, c'est que je ne comprends pas que l'on puisse faire cela. J'allais dire surtout quand on a ce genre de responsabilités, mais en fait cela n'a rien à
voir. En écoutant les médias, je me demande si cette affaire ne va pas permettre de lever un peu ce tabou du viol. Je sens quelque chose comme cela dans les débats actuels.



alainx 18/05/2011 12:51


Je pense que nous avons la possibilité d'analyser plus loin les raisons profondes de cette sidération. ( Que j'ai ressenti tout comme vous, j'en parle chez moi).
ce n'est pas seulement une accusation d'agression sexuelle parmi ( hélas, trois fois hélas..) tant d'autres de par le monde…

Rechercher le plus vite possible à "se détendre", n'est-ce pas une manière un peu commode de chercher à évacuer le problème pour passer à autre chose de plus plaisant…
La sidération, même issue du cerveau reptilien, n'empêche pas pour autant la réflexion dans l'instant et l'analyse du ressenti qui l'accompagne.


Etienne Séguier 18/05/2011 13:31



Tout à fait d'accord avec vous, avant de se "détendre", nous pouvons entendre le message du corps, et les attentes qu'ils nous révèlent plus en profondeur. Une technique comme la communication
bienveillante m'a beaucoup appris de ce point de vue. En l'occurence des besoins de clarté, de compréhension, mais aussi des besoins de sécurité, de fiabilité. A ces besoins, nous pouvons ensuite
chercher à leur donner des prolongements concrets, des solutions créatives, constructives peut être du coté d'un engagement politique ou dans des associations.


PS : j'aime beaucoup ce que vous dites de cet événement sur votre blog.



claire poujol 18/05/2011 10:59


bonjour Etienne
personnellement, je n'ai pas ete sidérée car je suis souvent en contact avec des femmes victimes d'agressions sexuelles, viols, etc. et rien ne m'etonne plus, helas, de la part des hommes,
fussent-ils tres haut placés !
Depuis la nuit des temps les femmes ont subi la violence masculine :-( et cela continue.
bien entendu a ce jour, la defense ne s'etant pas exprimée, nous respectons la presomption d'innocence concernant DSK.


Etienne Séguier 18/05/2011 11:14



Merci Claire, c'est vrai que cela reste encore un sujet tabou dans notre société, et notamment dans les médias. Merci d'avoir donner ton éclairage.