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Cultive tes talents

François, l'art de nous inviter à entrer en nous mêmes

19 Mars 2013, 17:07pm

Publié par Etienne Séguier

En parcourant la biographie du nouveau Pape Francois, j'ai découvert qu'il a suivi des études de psychologie et enseigné cette matière. Ce goût de l’ancien cardinal de Buenos Aires pour les thèses de Freud n’est pas une surprise de ce côté de l’Amérique, car l’Argentine est la seconde patrie de la psychanalyse (avec la France). Pour ma part, j'y vois aussi un lien avec la vie de Francois d'Assise, même s'il ne parlait pas explicitement d'inconscient à son époque.

 

Je prendrais deux exemples. Le premier est celui de la rencontre avec le loup de Gubbio. Cet animal terrorisait tout un village, mais François n’hésita pas à le rencontrer pour lui parler. Pour agir ainsi, encore faut-il avoir travaillé sur soi. Notre existence ne manque pas de loups terrifiants devant lesquels nous avons envie de fuir en courant. Mais que parfois nous affrontons en les appelant par leurs noms : peurs de ne pas être à la hauteur, de déplaire, de souffrir … De cette confrontation, nous pouvons sortir pacifiés, en tout cas plus ouverts à ce que nous ne maîtrisons pas.

 

Ce n’est pas le seul moment de la vie de Francois d'Assise où il a proposé ce travail. Je songe au passage où il a embrassé le lépreux. Délaisser la carrière prometteuse de marchand constituait déjà un acte courageux de sa part, mais embrasser le lépreux lui permet d'initier une réconciliation avec lui-même. Là encore, Francois nous invite à nous retourner vers ce qui nous semble se décomposer et embrasser ce côté plus sombre. En cela, il se situe davantage du côté des travaux du psychologue Carl Gustav Jung pour qui l’inconscient accueille nos ressources cachées, l’autre côté de nous même qui ne correspond pas à ce que notre entourage (familial, professionnel, social) semble attendre de nous.

 

Pour effectuer cette conversion, nous pouvons compter sur nos propres forces, mais aussi sur celle de Dieu. Ce travail est à la fois divin et humain. C’est le talent de saint François d’inviter un large public à cultiver ainsi son intériorité. Il n’est pas besoin d’avoir suivi de longues études de psychologie pour le sentir. Les mythes et les légendes introduisent depuis des siècles à cette rencontre dans les profondeurs de son être.

 

Cette démarche me semble incontournable pour accéder à ce que l'on appelle une sobriété heureuse, autour d'une consommation raisonnée et une joie abondante. En ce nouveau pontificat, je formule le voeu que le Pape François trouve aussi des gestes forts pour encourager ceux qui cherchent à conjuguer ce travail sur le psychisme et la foi. Il en va de l'avenir des loups et des lépreux que nous côtoyons à l'intérieur et à l'extérieur de nous, en attente d'un peu d'attention.

 

PS : il reste encore quelques places pour la formation que j'anime à côté de Grenoble, les 23 et 24 mars, pour découvrir la communication bienveillante, autour de cette bienveillance chère à Francois d'Assise (voir information ci contre)

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Sophia 20/04/2013 20:53

Je ne savais pas cela sur le pape. Bon, bah, j'ai appris des choses ! Ton blog est de toute façon super enrichissant, alors continue comme ça :)

Solange 20/03/2013 11:12

Je suis entièrement d'accord. Et lorsqu'on s'occupe des autres, il serait nécessaire d'avoir fait un minimum de travail sur soi. Je connais des prêtres à qui cela fait cruellement défaut.Ils
auraient beaucoup plus d'indulgence et de compréhension. Le Chemin de Lumière s'ouvre parallèlement au nettoyage des émotions, sinon, c'est une spiritualité éthérée.
Je souhaite au Pape de faire au mieux....

Etienne Séguier 22/03/2013 14:56



De l'intérêt d'écouter ses émotions pour aller vers les autres, tout à fait.



Elisabeth 20/03/2013 10:56

Effectivement, l’enjeu est fondamental : pour oser la tendresse à laquelle nous invite le pape François, encore faut-il accepter de s’approcher de ce qui nous apparait parfois comme loup ou comme
lépreux.
Un travail d’apprivoisement réciproque s’impose ; la psychologie nous donne des clés comme le travail de Jung qui nous invite à apprivoiser nos ombres.
La vie spirituelle vient insuffler la force pour le réaliser car il est très difficile de sortir de nos ornières (peurs, rejets, préjugés …) installées en nous parfois depuis l’aurore de nos
vies.
Oui, la sagesse populaire transmise par les mythes, les légendes et les contes a compris cette nécessité d’accueillir la différence qui inquiète. Voici un petit conte qui l’illustre :
Autrefois, un dragon terrorisait toute une ville qui tentait désespérément de le maintenir à distance. De temps à autre, il quittait sa tanière, pénétrait dans la ville, lançant des flammes,
brûlant gravement biens et personnes.
Que faire ? Un jour un vieux sage eut une idée.
Il se dit que ce dragon faisait souffrir parce que lui-même souffrait d’être constamment isolé et rejeté. Par ailleurs, comment pourrait-il ne pas lancer des flammes puisque ce phénomène est
inscrit dans la nature profonde et constitue son identité. Mais alors, pourquoi ne pas utiliser cette faculté pour le bien-être de tous ?
Pourquoi par exemple, ne viendrait-il pas tous les soirs allumer les réverbères de la ville ?
Le marché lui fut proposé.
Il voulut bien essayer et –miracle- tous se déroula pour le mieux. Le dragon trouva enfin le bonheur. Il avait, sans se renier dans sa nature de dragon, trouvé sa place parmi les autres, et autre
bonheur, tous les habitants de la ville bénéficiaient de son pouvoir unique et désormais l’acceptaient tout en lui exprimant sa gratitude.

Merci Etienne pour cette belle réflexion qui met du baume au cœur. Bonne fin de Carême !

Etienne Séguier 22/03/2013 14:55



Superbe cette histoire Elisabeth, je sens que je vais la raconter autour de moi !