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Cultive tes talents

Eloge du lavement des pieds

5 Avril 2012, 09:07am

Publié par Etienne Séguier

Au cours de la célébration de ce jeudi saint sera procédé le lavement des pieds en souvenir du geste accompli par Jésus. Je plaide pour la revalorisation de cet acte que l'on a tendance parfois à bâcler. Je sais par exemple que lors du prochain rassemblement des aumôneries de l'Ile de France, le Frat, les jeunes seront invités à l'accomplir. Il se pratique aussi au sein de la communauté de l'Arche. Mais pourquoi ne pas l'accomplir aussi en dehors du jeudi saint ? Dans Traverser les épreuves, (paru chez Empreinte Edition) je reviens sur ce geste dans la septième station que j'avais envie de partager avec vous cette semaine.

 

Septième station : Jésus tombe pour la deuxième fois.

 

Tomber une fois, cela va toujours. C'est la deuxième fois qu’il est plus compliqué de « rebondir ». Dieu s'est fait homme, avec un corps et donc des muscles. Sous le poids de sa croix, ils finissent par lâcher. Ils ne répondent plus, ils brûlent, comme mis hors circuit. Le voilà confronté à de la mécanique musculaire, ses jambes ne le portent plus. La veille, Jésus a lavé les pieds de ses disciples. Il a insisté pour effectuer lui-même ce geste pratiqué habituellement par les serviteurs.

 

A l'époque, les visiteurs sont accueillis ainsi après avoir marché sur des chemins poussiéreux. Aux yeux de Jésus, cet acte présente la même valeur que le partage du pain et du vin que nous effectuons depuis en souvenir de lui. Jamais Dieu ne s'était abaissé de la sorte. Il n'est pas certain que ses disciples aient perçu immédiatement la portée de ce geste.

 

Voilà donc Jésus une seconde fois à terre. Avec de la poussière sur les mains et les genoux amochés. Le poids de la croix lui impose de s'arrêter. Lorsque nous vivons la perte d'un proche, d'un rêve, d'un espoir, cette blessure met du temps à se faire sentir vraiment. Nous entrons dans une phase de déni : nous ne voulons, nous ne pouvons pas admettre la chute.

 

Notre corps entre en hibernation pour ne pas sentir la morsure de la rupture, et pouvoir avancer encore. La période de dégel peut se faire attendre. « Même pas mal », « même pas touché » se raconte-t-on. Dans notre tête, les négociations débutent. Ne pourrait-on pas revenir en arrière, remonter la bande vidéo ? Juste revisiter l'épisode précédent en promettant de faire plus attention ? Nous marchandons avec la vie, Dieu, le sort, car nous sentons que ces genoux à terre annoncent des lendemains difficiles.

 

Nous pouvons alors sentir le doute monter. Jésus s’interroge certainement aussi sur sa capacité à aller jusqu’au bout. Peut-être également sur l’aide fournie par Simon de Cyrène à ses côtés, qui ne l’a pas empêche de toucher terre une seconde fois. Sur qui peut-on compter ? Le doute est plus dévastateur encore que la fatigue musculaire. Personne n’y échappe, tout le monde est mis en cause, soi-même, son entourage, ses proches. Les portes de la solitude s’ouvrent en grand. Il faut puiser en soi même la force pour continuer d’avancer, mais où la trouver ?

 

Seigneur

 

Lorsque je trébuche,

que mes muscles me lâchent,

demeure à mes côtés.

Sois présent encore une fois.

Et si la morsure du doute devient insupportable.

Enlace-moi de ta douceur

Donne-moi ton souffle

Ta force,

Ta vie divine.

 

 

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Bruno 10/04/2012 09:11

Moi aussi, j'ai beaucoup apprécié ce petit livre, très simple et accessible, mais d'une grande force spirituelle, me semble-t-il. Il vaut pour Pâques, mais pas seulement, et je compte y retourner
régulièrement. Les épreuves, c'est pour tous les jours !
A bientôt.

Bruno.

Etienne Séguier 10/04/2012 12:21



Merci Bruno, j'aime bien cette idée que ce chemin n'est pas que pour Pâques



Derville Marie-Françoise 07/04/2012 12:14

J'ai aimé le petit livre sur le Chemin de croix (d'une brûlante actualité) et le prête à Soeur Cecilia, pdg du monastère de l'Adoration, rue Gay-lussac, qui connaissait Marshall Rosenberg : ces
contemplatives sont au courant de tout...
courage et confiance et bonne montée vers Pâques,
presqu'Alléluia!

Etienne Séguier 09/04/2012 16:08



Merci Marie Françoise pour ce retour sympathique.