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Cultive tes talents

De l'art d'écouter

23 Novembre 2011, 15:05pm

Publié par Etienne Séguier

Se mettre à l'écoute de son prochain ne va pas toujours de soi. Que ce soit dans le cadre d'une association caritative, de l'accueil d'une paroisse ou durant l'animation d'un groupe de partage sur la Bible ou de relecture de vie, nous croyons prêter une oreille attentive. Mais, en réalité, nous nous précipitons souvent vers un conseil avant même que notre interlocuteur ait pu s'exprimer réellement. Travailler la qualité d'écoute de l'autre, cela s'apprend. Bernard de Vaulx anime des sessions « Ecouter, un apprentissage » dans le cadre de la communauté Fondacio. Florence d'Assier de Boisredon, psychologue, auteur de « Ecouter, un art de la présence » (Desclée de Brouwer) propose aussi des formations auprès d'un public chrétien. Tous les deux mettent en avant quatre points d’attention pour muscler notre écoute.

 

 Un ) Laissez parler la personne jusqu'au bout

Dans un premier temps, mettez vous en mode silence. Même si votre interlocuteur s'arrête de parler, laissez lui le temps de reprendre son souffle. Cette pause ne signifie pas forcément qu'il a fini de s'exprimer. Il suit peut être le fil de son raisonnement. Ou il prend conscience d’une réalité nouvelle. A moins qu'il n'hésite à poursuivre la discussion de crainte de vous déranger. « Nous estimons souvent que l'autre attend de nous une solution, alors qu’il a d'abord besoin d'une oreille attentive », prévient Bernard de Vaulx. Catherine a décidé de suivre la formation de Fondacio, car ses enfants lui reprochaient de ne pas les écouter. « C’est grâce à un exercice où l’on nous avait demandé d’écouter silencieusement, sans relancer la conversation, que j’ai pris conscience que j’intervenais trop tôt. » Afin de pouvoir demeurer dans cette qualité écoute, Florence d'Assier de Boisredon invite à effectuer au préalable ce qu'elle appelle une préparation du cœur. « Avant de recevoir une personne, j'aime prendre deux minutes pour vérifier que je l'accueille comme un être unique, respecté, qui a du prix à mes yeux. »

 

2) Vérifiez que vous avez bien compris

Après avoir laissé s'exprimer votre interlocuteur, vérifiez que vous avez bien compris en reformulant ses propos. Vous pouvez utiliser des phrases du style «  si j’ai bien compris », « tu a l’impression que », « tu aurais besoin de ». Cette façon de répéter ce qui vient d’être énoncé peut surprendre, mais elle rassurera votre vis-à-vis sur votre qualité d’écoute. Elle permet de découvrir que nous ne mettons pas toujours le même sens derrière les mots. « Ce n’est qu’après ce temps de reformulation que vous pourrez émettre un avis et engager un dialogue », préconise Bernard de Vaulx.

 

Trois) Ecoutez comment ses propos résonnent en vous.

Nous nous imaginons souvent comme un réceptacle neutre, prêt à tout entendre. Mais lorsque nous écoutons une personne, notre tête et notre cœur réagissent en permanence. Telle histoire nous renvoie à un événement douloureux de notre existence. Tel avis se heurte à notre système de valeurs. Afin de rester en contact avec l'autre, Bernard de Vaulx propose de pratiquer ce qu’il appelle une « double écoute » : avec « ce que notre interlocuteur exprime, mais aussi l’écho que ses propos provoquent en nous ». Ce conseil a bien aidé Nicole qui assure une permanence dans une paroisse parisienne. Elle est au contact du grand public et se trouve confrontée à une grande diversité de visiteurs. « Grâce à cette double écoute, j’ai compris que leurs questions provoquaient souvent de l’exaspération chez moi. J’étais agacée par leur manque de culture religieuse et leurs exigences en tout genre. » Désormais, lorsqu'apparaissent ces contrariétés intérieures, elle choisit de les mettre de côté afin de pouvoir écouter vraiment. A l’occasion, elle prends le temps d’en discuter ensuite avec une collègue, mais dans un second temps.

 

Quatre ) S'interroger sur ce que l'on veut apporter à l'autre

 

Chantal travaille aussi à l'accueil d'une paroisse dans le Sud Ouest. «  Au début, j'étais contrariée lorsque je ne pouvais fournir les renseignements demandés, puis en suivant un stage sur l'attitude d'écoute, je me suis rendu compte que les visiteurs retenaient surtout la qualité de ma présence. » Lorsque nous accueillons, comment vivons-nous les situations où nous ne pouvons pas répondre aux demandes ? Sommes nous en colère contre nous mêmes ? Le vivons nous comme un échec personnel ? Comment cette irritation se manifeste-t-elle à travers l'échange avec notre interlocuteur ? « Dans les situations d'écoute, plus que des solutions, nous offrons d'abord un temps de disponibilité gratuite, ce qui est déjà beaucoup », plaide Bernard de Vaulx. Ce temps offert permet à l'interlocuteur de clarifier ses demandes, celle dont il a conscience mais aussi les autres. « Lors d'un premier contact avec une paroisse ou un mouvement de chrétiens, les nouveaux-venus arrivent souvent avec une question technique … et beaucoup d'appréhensions. Pouvoir formuler des demandes même de façon maladroites permet de partager ensuite des interrogations plus existentielles », note Florence d'Assier de Boisredon. « Les visiteurs préfèrent qu'on leur réponde que l'on va prendre le temps d'aller chercher l'information, plutôt que l'on s'épuise à laisser croire que l'on a réponse à tout. Ce temps de dialogue peut constituer un authentique chemin d'humanité entre deux personnes qui ont leurs limites. »

Etienne Séguier

 

Pour apprendre à écouter :

Vous pouvez contacter le service de formation de votre diocèse qui vous orientera auprès d'organismes compétents près de chez vous. Florence d'Assier de Boisredon anime sur demande des rencontres dans les paroisses . Bernard de Vaulx intervient au centre de l'ermitage à Versailles.


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Commenter cet article

Jean-Claude 29/11/2011 16:25

Cher Etienne,
Merci pour cet article, surtout la référence "Fondacio". Je connaissais son existence à l'Ermitage de Versailles pour le parcours "Elle et Lui". Jamais eu la curiosité de me renseigner sur les
autres propositions. En janvier 2012 (10 et 17), Bernard de Vaulx intervient pour une session "Fondements" sur l'apprentissage de l'écoute.

Amicalement,
JCR

matiti 24/11/2011 11:58

Voilà qui complète magnifiquement le petit texte d'1 auteur inconnu,découpé dans un quotidien du nord il y a une vingtaine d'années...
"Ecoute-moi
Peux-tu m’écouter sans me donner de conseils, sans vouloir m’aider à tout prix …. En recevant seulement ce que je t’explique, en le comprenant, en restant attentif, solide, sans laisser entamer ta
sérénité.Peux-tu m’écouter sans vouloir arranger les choses, simplement en me faisant découvrir mon chemin, résoudre mon problème…
Si tu peux m’écouter ainsi, alors tu m’auras aidé infiniment."
Ce texte m'avait profondément touché dans ce qu'il exprimait de mon besoin ... et je n'ai cessé depuis de "travailler" l'écoute, puis ma communication en ce sens ... sans imaginer à l'époque comme
cela serait si "porteur psychologiquement, spirituellement et physiquement" dans l'accompagnement de mon époux jusqu'au bout du bout,pour lui,pour mes enfants et moi.
Merci Etienne de ces mots justes qui développent si bien jusqu'où va la "véritable écoute" ... en particulier ce jusqu'elle requière dans ce que j'avais appelé alors le "toi, c'est toi, moi c'est
moi" ... révélation expérimentée au plus profond de cette difficile traversée... que je bénis pour tous les fruits récoltés encore au quotidien malgré la souffrance encore présente, 9 ans après
notre séparation.

Etienne Séguier 25/11/2011 11:39



Merci Marie Christine, oui l'écoute est vraiment un travail, je me dis que cela aussi à voir avec faire le silence en soi, qui est vraiment compliqué pour que ce ne soit pas en force, mais en
douceur.