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Cultive tes talents

Brave homme ou homme brave ?

16 Avril 2012, 11:22am

Publié par Etienne Séguier

Lorsque je présente la communication bienveillante, j’aime bien expliquer qu’elle cultive une attitude qui soit ni hérisson, ni paillasson. Elle cherche à ouvrir un dialogue sans sortir les pics à la moindre contrariété, sans non plus s’écraser immédiatement. Cet entre-deux n’est pas simple à trouver, mais il permet de porter un regard bienveillant aussi bien sur ses propres attentes que sur celles de son interlocuteur.

 

Mais cette présentation appelle plusieurs précisions. Il peut arriver qu’il soit juste de ne pas répondre. Et je pense à l’attitude de Jésus dessinant sur le sable alors qu’on lui demande de se prononcer sur le sort de la femme adultère. Il est aussi parfois pertinent d’affirmer haut et fort un refus, dans les situations d’injustice ou qui mettent en cause des valeurs essentielles. Le refus de Jésus que la logique marchande pénètre le Temple illustre cette attitude. Il y a des situations où il ne faut pas tolérer l’intolérable et au moins les faire connaître au grand jour.

 

Selon les tempéraments, nous cultivons plutôt le côté brave homme, qui aurait tendance à s’effacer ou le côté homme brave qui marque son opposition. Cela influence aussi notre façon de voir Jésus. Nous aurions tendance qu’à ne retenir qu’un aspect de sa personnalité.

 

Dans cette période d’après Pâques, il me semble que nous pouvons sentir la force de cette vie en abondance que Dieu nous donne. Et s’il fallait choisir pour cette période d’après résurrection, j’inviterai volontiers à réveiller l’homme (ou la femme) brave qui sommeille en nous. Le tombeau est vide. Mais l’esprit souffle partout. En marche les humiliés du souffle !

 

Dans cette optique, j’aimerais présenter une interprétation “version homme brave” du passage sur tendre l’autre joue. En montrant l’autre face du visage, il s’agit de présenter un autre aspect de la réalité. Se lever, et présenter une approche différente d’un conflit, dénoncer les manipulations et l’injustice requiert une certaine force.

 

Les mots peuvent permettre de renverser les tables d’une logique qui ne connait que le marchandage ou les petits arrangements entre privilégiés. Ils peuvent aussi aider l’interlocuteur menaçant à prendre conscience de la violence que porte son attitude. La vigueur et la fermeté peuvent alors sortir  de sa logique la personne au comportement agressif, l’éveiller à une autre approche, le sortir de son mauvais rêve.

 

PS : comme toujours, il ne s’agit pas non plus d’envoyer les personnes à l’abattoir, à chacun d’être bienveillant avec soi-même. Parmi les nombreux besoins humains, il y a aussi ceux de sécurité matérielle, affective, de protection qui doivent être nourris également. Pour tendre l’autre joue, il faut d’abord avoir écouter ses aspirations, être suffisamment nourris de tendresse pour oser présenter un autre visage. En cette période d’après résurrection, ce peut être aussi un beau programme de se laisser toucher par la douceur de Dieu. L’homme (ou la femme) brave est aussi celui ou celle qui s’ouvre à cette délicatesse là.

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Etienne Séguier 17/04/2012 11:30

Merci à tous les trois pour vos réactions, j'hésitais un peu à m'aventurer sur la parabole de l'autre joue. Mais cela fait un moment que cela me travaille. Cela plaide pour une communication
bienveillante qui peut être "vigoureuse".

Matiti 16/04/2012 23:56

En communication bienveillante,le "ni hérisson, ni paillasson" ...commence par cette posture si difficile à mettre en oeuvre "du doigt qui tourne dans le sable" ... mode pause intérieure ... rapide
tri des données ... sous le flot des émotions reliées à d'obscurs points sensibles ...qui font entendre leur voix malgré nous.
Faut de l'entrainement pour y parvenir ... pour opter ensuite pour le "brave homme" ou bien "l'homme brave" présents en chacun de nous qui sera le mieux approprié dans la situation présente.
J'aime cette interprétation sur la 2ème joue tendue ...cause de tant de malentendus et de critiques acerbes envers les chrétiens: autre vision d'une réalité dévoilée par "l'homme brave" lors d'une
possible phase de communication violente, évitée juste par le tournoiement inspiré d'un doigt dans le sable...où souffle l'Esprit.

Bruno 16/04/2012 18:51

Oui, cela fait du bien de lire cette réflexion. L'humiliation, l'oubli de soi comme projet de vie, trop peu pour moi. En repartant de ses propres ressentis et aspirations, je pense que nous pouvons
mieux laisser émerger la vie qui ne demande qu'à s'exprimer en nous. Les discours généraux et l'idéologique, comme le théologique, aident à s'y retrouver, mais je pense que ce qui est primordial,
c'est de s'écouter, se ressentir vivre, pour ensuite se mettre en route, et donc s'appuyer sur ses valeurs. Avec pour critère, la bienveillance, bien sûr.
Nous sommes dans une période et dans un monde, où le Temple de l'Humain est plus que jamais profané par les logiques de dominations, de haine, de l'argent, et il me semble inconcevable de penser
qu'au nom d'une conception erronée de l'humilité, le chrétien doive se taire.
Mais, comme vous le dites, ce n'est pas si simple et il faut faire attention de ne pas partir à l'abattoir. Il faut cultiver la bienveillance pour soi, avant toute chose. J'aime bien l'idée de se
nourrir de la tendresse de Dieu.

orchis 16/04/2012 12:52

merci de enfin sortir de ce dilemme de sourd où nous conduisait ces paroles maintes fois entendue de dites et redites sur l'air de l'humilité.
oui ni hérisson ni paillasson ce là fait du bien de se montrer avec des valeurs en ces temps où les valeurs ploient sous des raisons d'argent ou systéme économique et autres arguties dédiés à
l'argent... et au pouvoir...
ah oui, merci car je suis allée voir dehors de l'Eglise où j'ai trouvé dans la CNV entre autres la force de faire respecter la vie en nous avec des compromis et sans compromission pour autant et
merci de donner sens à tendre l'autre joue qui avait un gout d'humiliation à mon gout !