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Cultive tes talents

Benoit XVI propose Etty Hillesum pour le carême

19 Février 2013, 16:57pm

Publié par Etienne Séguier

Je n'ai pas souvent évoqué Benoit XVI dans ce blogue, mais les événements récents et la méditation qu'il a donnée à l'occasion du mercredi des Cendres m'en donne l'envie. Dans son intervention, le pape pose la question de la place que nous donnons à Dieu. Il invite à « surmonter la tentation de soumettre Dieu à soi-même et à ses propres intérêts ou de le reléguer dans un coin. » Dans bien des cas, Dieu apparaît comme la cerise sur le gâteau que l'on s'offre une fois que nous avons réussi, le « plus spirituel » quand l'essentiel semble acquis.

Cette façon d'envisager notre relation à Dieu peut colorer le carême. Lequel peut être vécu comme un temps pour travailler sur ses points faibles en espérant terminer ses quarante jours en les ayant éliminés . Il est assez tentant de vivre la semaine sainte en passant directement du jeudi saint à la veillée pascale du samedi soir. Le carême ne serait alors qu'une façon de nous recharger en confiance pour affronter les aléas de l'existence.

Ce serait passer sous silence ce terrible vendredi ou Jésus meurt sans aucun signe extérieur de réussite. Dans sa méditation, Benoît XVI cite trois témoins qui peuvent nous accompagner durant ses quarante jours, dont la figure d’Etty Hillesum, une jeune hollandaise d’origine juive qui mourra à Auschwitz. « Au départ loin de Dieu, a-t-il expliqué, elle le découvre en regardant en profondeur au-dedans d’elle-même et écrit : « Il y a en moi un puits très profond. Et dans ce puits, il y a Dieu. Parfois, je parviens à le rejoindre, mais plus souvent de la pierre et du sable le recouvrent : alors Dieu est enterré. Il faut à nouveau que je le déterre » (Journal, 97). Dans sa vie dispersée et inquiète, elle retrouve Dieu précisément au milieu de la grande tragédie du vingtième siècle, la Shoah. Cette jeune fille fragile et insatisfaite, transfigurée par la foi, se transforme en une femme pleine d’amour et de paix intérieure, capable d’affirmer : « Je vis constamment dans l’intimité de Dieu ».

A l'évidence, ce qu'elle a vécu est sans commune mesure avec ce que la plupart d'entre nous vivent. Mais sa façon de demeurer en relation avec Dieu peut nous parler. « Il y a en moi un puits très profond, explique-t-elle. Et dans ce puits, il y a Dieu. Parfois, je parviens à le rejoindre, mais plus souvent de la pierre et du sable le recouvrent : alors Dieu est enterré. Il faut à nouveau que je le déterre ». Ce travail pour déterrer Dieu peut s'effectuer de différentes façons. Etty Hillesum a notamment accompli un travail d'introspection avec un psychanalyste. Dans un autre registre, des techniques de développement personnel peuvent favoriser une meilleure connaissance de soi. Ce travail peut apporter beaucoup et en même temps, il n'est qu'une étape pour découvrir qu' « Il y a en (nous) un puits très profond. Et dans ce puits, il y a Dieu ». Dans cette perception, quelque chose nous est donné, qui ne s'obtient pas par la force.

A travers la façon dont nous avons décidé d'évoluer durant ce carême, quels résultats visons-nous ? Serrer encore plus fort les poings ou bien se rendre disponible à de l'inattendu ? Se muscler pour éviter les attaques en tout genre, ou élargir son regard et observer la vie en abondance ? Remplir notre espace intérieur de certitude ou le désencombrer pour que la lumière descende en nous-mêmes ?

C'est pour prendre le temps de méditer sur cette descente que j'ai publié l'année dernière une méditation sur le chemin de croix, qui n'en rajoute pas dans la culpabilisation, mais ose contempler nos échecs. Jésus ne nous donne pas des trucs pour rebondir, mais pour vivre en être fragile soumis aux épreuves. Disponible sur la boutique de La vie

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