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Cultive tes talents

Accompagner les personnes en deuil selon Jean Monbourquette

31 Août 2011, 09:56am

Publié par Etienne Séguier

En France Jean Monbourquette est surtout connu pour son livre sur le pardon, mais cet aspect de son travail n'est venu qu'après la création et l'accompagnement de groupe d’entraide pour personnes en deuil. Il a présenté le fruit de son expérience dans le livre Aimer, perdre et grandir(Bayard), Pour ce père oblat décédé ce dimanche 28 août, même si toutes les expériences sont différentes, il est possible de repérer des moments clés dans la résolution de son deuil. Voici les dix étapes abordées dans le cadre des groupes de partage, présentés par Jean Monbourquette. Dans ces points d’attention, vous pouvez repérer ceux qui vous touchent le plus et pourraient vous permettre, en les travaillant, de franchir une nouvelle étape. J'ai pu assister à l'animation d'un de ces groupes de deuil par le père Monbourquette, où il a pu aborder avec une personne au moins la question de l'appropriation de l'héritage. Cette dernière étape vient tout à la fin, et il faut certainement prendre son temps, mais elle me semble essentielle.


Raconter son deuil
Il est bon de relater à nouveau les circonstances dans lesquelles vous avez appris la nouvelle du décès. Où étiez-vous ? À quoi pensiez-vous ? Qu’avez-vous ressenti ? À qui avez-vous parlé ? Les participants prennent d’abord dix minutes pour restituer ce qu’ils ont vécu à ce moment-là. « Quand une personne apprend le décès d’un proche, elle bloque souvent ses émotions pour se concentrer sur les démarches à effectuer, constate Jean Monbourquette. Raconter à nouveau permet de revivre ce moment éprouvant – pour soi – sans le fardeau des formalités à accomplir. » 


Nommer ce qui a changé
La disparition d’un proche modifie l’équilibre d’une famille, d’un cercle d’amis, d’un service de travail. Au cours de cette seconde rencontre, chacun peut nommer la façon dont le groupe s’est réorganisé.



Ressentir sa tristesse
 Au début, les sentiments sont comme anesthésiés. Mais une fois passé le choc de la disparition, les endeuillés vivent une période de « dégel ». Ils s’autorisent alors à sentir de la tristesse. Les proches peuvent être surpris par cette réaction, alors que plusieurs mois, voire plusieurs années se sont écoulés. « Parfois cette tristesse est si intense qu’elle plonge l’endeuillé dans un état de désolation au point de désirer mourir pour rejoindre l’être cher », prévient Jean Monbourquette. 



Exprimer sa colère 
Même s’il n’ose pas se l’avouer, l’endeuillé peut éprouver une rancune envers celui qui est disparu. « Tu n’avais pas le droit de partir, pas maintenant ! » Autant prendre conscience de ce sourd ressentiment, car sinon il pourrait se reporter sur les proches encore vivants !



S’avouer sa culpabilité
« Lui ai-je assez dit que je l’aimais, ai-je tout mis en œuvre pour le sauver de la mort ? » Il est difficile de ne pas éprouver de la culpabilité après la disparition d’un être cher. De fait, chacun peut prendre conscience de ses limites à aimer et de son impuissance face à la mort. L’échange en groupe permet aussi d’éviter de tomber dans un excès de culpabilité qui empêcherait de continuer à vivre.



Évoquer la personne 
« Certains conjoints, certains enfants idéalisent leur proche décédé, ce qui ne facilite pas le travail de deuil », constate le pasteur Wyss. À travers un échange, chaque participant peut évoquer les qualités, mais aussi les défauts du défunt, afin de remettre la personne à une place plus juste. 


Prendre soin de soi
Durant cette période de deuil, celui qui reste en vie ne s’occupe guère de lui. Comme s’il ne s’en donnait pas l’autorisation. Pourtant, il a le droit d’être heureux, malgré tout. Au cours de ce septième échange, les participants définissent les petits plaisirs qu’ils pourraient s’accorder. 



Donner sens à la perte
Les endeuillés ont pris leurs distances avec les émotions, et ils peuvent mettre leur perte en perspective. Ils peuvent reconnaître alors qu’ils ont mûri et s’interroger sur le sens de leur nouvelle existence. « Qu’est-ce que j’ai appris sur ma vie en l’absence de l’être cher ? » 


Échanger des pardons
Chaque participant est enfin invité à pardonner au défunt ses fautes et surtout son départ. « Avec l’expérience, j’ai pu constater que cette étape s’avère cruciale pour se libérer des restes de colère provoqués par la mort de l’être aimé », constate Jean Monbourquette. « Si la personne retient encore une rancœur contre le défunt, le deuil ne peut pas s’achever », confirme le pasteur Wyss. À l’inverse, l’endeuillé peut aussi demander pardon afin de trouver une paix intérieure. 



S’approprier l’héritage
À la fin de ce parcours, chaque participant est invité à s’approprier une qualité transmise par la personne. « Mon père faisait preuve d’un grand sens de l’équité et de la justice, ce trait de caractère pouvait m’irriter à l’époque. Mais après son décès, j’ai pris conscience que j’avais intégré cette qualité », raconte le pasteur Wyss. L’héritage consiste à reprendre à son compte les talents qu’on a appréciés chez l’être disparu. Ces dix rencontres peuvent se conclure par un rituel qui honore cet héritage. Au terme de ces partages, le lien se trouve comme « transformé » ni pesant, ni distant.

 

J'accompagne aussi les personnes dans les périodes de transition de vie, en intégrant cette approche pour en savoir plus sur cet accompagnement cliquez ici

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Renseignements 15/07/2014 16:13

Jean Monbourquette avec son livre Aimer nous délivre là de bien précieux conseils pour réussir à franchir ce cap. Vivre un seuil c'est une étape très délicate. Lorsque cela m'est arrivé j'étais comme anéanti, à la fois en colère et si triste.

Retrouver la motivation à vivre à été une véritable épreuve. Comme les précédents commentaires, pour moi aussi ce livre à été une véritable révélation. Perdre ma femme était sans doute la pire des choses qui me soit arrivé dans ma vie, je ne pouvais concevoir que la vie puisse encore continuer sans elle.

Et puis, le temps passe et là, on tombe sur ce bouquin, on le lit et beaucoup de choses deviennent beaucoup plus clair d'un coup. Chacun fait le deuil comme il peut, à sa manière. Moi ce fut avec cet ouvrage que le travail pu réellement commencer. Merci pour cet article qui résume bien les grandes lignes du travail de deuil. Yves

source 14/07/2014 15:34

Je ne peux que rejoindre les propos de Marie Christine. J'ai perdu brutalement ma fille comme souvent dans les accidents de la vie, on n'est pas préparé à ce genre de départ et on ne comprend pas ce qu'il se passe. On subit de plein fouet les évènements, heureusement que la famille nous aide pour les préparatifs des obsèques, de la cérémonie religieuse et j'en passe car on est totalement incapable de faire face.

Malheureusement la vie continue et on se doit d'avancer pour ses enfants qui eux aussi ont besoin de notre soutien, on se doit d'être fort. Pourtant, on ne sait pas comment faire pour remonter la pente, on sait qu'on n'oubliera jamais son enfant chérie mais on doit trouver les réponses à nos questions.

Ce livre a été un guide pour moi car il m'a permis de comprendre beaucoup de choses et m'a surtout aidé à gérer tout cela. Je suis passé par toutes les phases décrites et j'ai enfin réussi à faire mon deuil même si Eloïse restera à jamais dans mon coeur et dans mes pensées.

Marie Christine 01/09/2011 17:34


Ce livre a été mon livre de chevet dès le début du deuil de mon époux; sans groupe de deuil, il me rassurait sur ma "normalité" à chaque fois que je perdais pied et me "noyais"... et au bout de
plusieurs années de reconstruction, je confirme l'existence de ces nécessaires et difficiles étapes à franchir, chemin imposé malgré nous pour consentir vraiment à la perte... faire les bons choix
et vivre pleinement ensuite.
Le vivre est totalement bouleversé extérieurement... mais ce n'est que la toute petite partie de l'iceberg ... le psychisme se trouve alors lui aussi complètement détruit et reconstruira
différemment très lentement.
Ces étapes se traversent plutôt dans cet ordre là ... mais pas toujours si nettement que cela est écrit,les petites rechutes et retour en arrière existent ... de toute façon, vous reconnaissez que
vous avancez si cela vous porte vers un peu plus de vie que précédemment et si vous réussissez à inventer des stratégies, soyez doux et tolérants avec vous même ... et surtout n'écoutez pas les "Mr
Mme y'aKa ,ilfôKe" qui ne manqueront pas de vous dire qu'en 2 ou 3 mois ce n'est pas normal, si votre deuil n'est pas fini !!!N'ayez pas peur des émotions qui vous submergent,ne vous empêchez pas
de les ressentir, elles montrent que vous êtes des vivants voir survivants.Cependant ne vous y enfermez pas inutilement pour ne pas vous piéger dans l'apitoiement sur vous même.
En union fraternelle avec tous mes frères et sœurs de cœur qui sont en chemin: mais qu'est ce qu'on grandit... en même temps qu'on perd !!! Faire grandir c'est une partie de l'héritage, un peu de
notre vie éternelle déposée en nos proches après notre départ ...cela "fait sens", vous ne trouvez pas?


Etienne Séguier 02/09/2011 10:40



Un grand merci Marie Christine pour ce témoignage qui peut être très aidant pour des personnes en deuil. Amicalement