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Cultive tes talents

Les pauvres selon Gustavo

8 Décembre 2008, 21:49pm

Publié par Etienne Séguier


Pour ses 80 ans, le théologien péruvien Gustavo Gutierrez a donné une interview linkoù il parle des pauvres. L'alliance entre foi et développement personnel n'a guère de sens si à un moment elle n'incite pas s'engager pour une société plus fraternelle. Voici un extrait qui me semble intéressant à lire au moment où ouvrent les restos du coeur (+ 5 % d'inscrits cette année)

Votre réflexion la plus récente a mis en garde aussi contre la tentation de faire du pauvre lui-même une idole.

Cela vient du romantisme de quelques-uns. Il y a des gens qui me disent : « J’ai tout appris du pauvre, le pauvre est si bon ». Parfois je leur dis en plaisantant : « vous croyez que tous les pauvres sont bons et généreux, eh bien, je ne vous conseille pas de venir dans mon quartier à deux heures du matin parce que vous vous retrouveriez comme à votre naissance, seulement un peu plus vieux ». C’est une manière de faire comprendre que l’option ne se prend pas parce que le pauvre serait bon, mais parce que Dieu est bon. Si le pauvre n’est pas bon, l’option reste la même. Beaucoup de gens furent déçus par leur engagement parce qu’ils croyaient que le pauvre était bon. S’ils s’étaient lancés parce que Dieu est bon, ils seraient encore engagés.

De fait, dans un de vos articles intitulé « Saint Jean de la Croix en Amérique Latine », vous notez que ce qui pourrait nous aider à éviter le chemin de l’idolâtrie (il ne suffit pas de parler de libération pour libèrer), serait de nous ouvrir à la dimension la plus mystique de la foi.

Ce que possède la mystique, c’est la capacité de nous aider à épurer la notion de Dieu. Si nous voyons l’image de saint Jean de la Croix, il y a un moment, à mi-pente de la montagne, où il dit qu’à partir de là il n’y a plus de chemin. C’est cela la mystique. Un cheminement vers le Seigneur. Continuer à faire de Lui, plus on avance dans la vie, notre unique absolu. Sans cette dimension mystique, il n’y a pas de véritable engagement avec les pauvres. Cependant, il faut changer la notion de mystique. Ce n’est pas comme on dit ici ou là : sortir de ce monde. Il ne s’agit pas de transmettre un message, mais de « transmettre ce qu’on a contemplé » A cela il faut ajouter l’intuition de Nadal : « être contemplatifs dans l’action ».

Ce qui parfois est proclamé comme mystique, y compris chez d’importants théologiens ou savants, garde encore d’excessives réminiscences néoplatoniciennes qui nient le corps de l’histoire.

La mystique ne consiste pas à se désintéresser de ce monde. Il y a encore des gens qui jugent très mystique quelqu’un qui n’a pas les pieds sur terre. Si le pauvre ne compte pas pour lui, je ne suis pas sûr qu’il s’agisse d’une expérience mystique. C’est important qu’une mystique, la petite Thérèse de Lisieux, soit patronne des missions.




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fabrice 10/12/2008 02:51

Merci pour ce cadrage vers l'essentiel. Avec mes encouragements les plus sincères pour ton engagement ce blog.